Archive pour mars 2007

Allumette/ mini-chapitre 7 par Pat Tremblay

Jeudi 1 mars 2007

- M’man! C’est ton gars… Ça va moyen!… Non j’ai pas besoin d’argent… Non… M’man, écoute-moi, non! Ça va bien à la job, j’en ai pus!… Je t’expliquerai ça un autre fois… M’man, écoute-moi… M’man, écoute! M’MAN! J’ai besoin de toi comme jamais. Écoute-moi… J’ai une allumette dans l’urètre… Ben non! Je te jure que je tournais pas un vidéo de “Jackass” pour  l’internet… C’est fini ça… Je fais quoi avec l’allumette?… Je fais dur! Merci, je le sais… Une pince  à  épiler???  Non jamais de la vie… Que je boive beaucoup pour pisser pis la faire sortir… Hey, c’est pas fou! Ben non, je boirai pas du jus de pruneaux… Tu te trompes avec l’autre côté… Merci pour le conseil, m’man!… Oui je viens te voir bientôt… À ta fête… Le 26 novembre, c’est bientôt ça…! Ok, avant, promis, je t’aime, bye. Oui je prend une photo avant d’expulser l’allumette… On va rire en maudit au prochain Noël… Ok bye.

Il avait de la difficulté à marcher. Sortir pour s’acheter de la bière, du jus, des boissons gazeuses… Pourquuoi ne pas tenter de déloger l’allumette avec… une allumette…?

- Je tag Hugo Dubreuil -

Allumette/ mini-chapitre 8 par Hugo Dubreuil

Samedi 3 mars 2007

En revenant du dépanneur, je me suis arrêté à la pharmacie. Je me suis équipé comme un soldat qui s’en va sonder une zone inexplorée. J’en ai pris plus que pas assez. Devant un problème inconnu, j’aime mieux pas trop me poser de questions; j’essaye 36 solutions. C’est pas compliqué, la bonne, c’est la première qui fonctionne.

Mon arsenal se compose donc de bière, de liqueur, de jus, de lubrifiant, d’analgésique, de désinfectant, de gants en caoutchouc, et d’un appareil-photo pour saisir ce grand moment. En tout cas, j’en connais une grand-môman qui risque d’être saisie si jamais a voit ça en photo!

C’est pas long que j’ai une envie de pisser de la mort, alors je m’installe au-dessus du bol en m’astiquant le boyau de vaseline et de lubrifiant, mais c’est bouché ben dur. Je pense que c’est une allumette en bois, et je pense qu’elle a gonflée. De la vessie jusqu’au bout du gland, toute la patente menace d’exploser. Mon mal de bloc est loin derrière. J’avale quelques antidouleur et je me demande quoi faire.

Je réalise que j’ai toujours pas fumé ma première cigarette de la journée et que j’ai oublié de prendre des allumettes au dépanneur. M’as t’en pisser moé des allumettes… ma vengeance sera terrible!

Je passe la tag à Martin Ouellet, en espérant qu’il est pas trop dans l’jus!

Dimanche tranquille sur le blog !

Dimanche 4 mars 2007

Ou bien tout le monde se bat avec sa page blanche. Ou bien tout le monde est au-dessus de ses affaires pis son texte est écrit depuis longtemps. Mais ça fait contraste avec la semaine passée, alors que quelques auteurs se relançaient sans arrêt durant tout le sprint final du dimanche.

Une chose est sûre messieurs dames, on brûle d’entendre ce que vous nous avez concocté pour cette soirée “Allumette” de ce soir.

Allez, à tantôt !

Benmen

 

P.S. Très cool l’histoire taggée de cette semaine. Mais y aura-t-il une fin ? Personnellement, j’aurais introduit une blonde incendiaire dans le décors, qui aurait donné l’idée au personnage principal de se faire faire une pipe de la mort pour faire sortir l’allumette. Tant qu’à souffrir…

Dimanche soir, allumette. Finale alternative #1

Dimanche 4 mars 2007

Je n’osais pas briser la chaîne avec un topo de la journée, qui fut costaude…

J’ai “joué avec le feu” en créant ma nouvelle aujourd’hui…J’avais une vague idée de départ mais rien de très précis en tête…Résultat heureux.

Bon show, bravo à tous !

Pour votre histoire:

Le type allume l’allumette par accident en dézipant son pantalon… Il décide, malgré la douleur, d’aller lentement chercher sa fameuse cigarette afin de l’allumer, après d’indescriptibles tentatives de contorsions. L’allumette, entièrement consumée, est éliminée simplement lors de l’urination.

La brûlure rend insensible une partie de son sexe, ce qui fait de lui un redoutable amant de fond…

Une idée de finale alternative, comme ça.

JF

Lundi matin, allumette. Finale alternative #2

Lundi 5 mars 2007

Un mauvais moment de passé. J’ai enfin réussi à extirper l’allumette. J’ignore si y a des échardes, mais ça saigne un peu.

Maintenant que je sais comment dealer avec le corps étranger, je vais dealer avec les filles. J’appelle Chantal.

- Pis? As-tu trouvé du feu? Qu’elle me dit d’une voix moqueuse.

- Pourquoi t’as fait ça?! T’es pas ben?! J’ai le boute en sang!

- Tu pensais-tu que je savais pas que t’avais couché avec Isabelle pendant qu’on était ensemble?

- Pourquoi moi, pourquoi pas Isabelle? C’est ta meilleure amie après tout. C’est aussi pire.

- Isabelle? Elle s’en est juste pas rendu compte encore.

Elle raccroche. J’appelle Isabelle.

- Isabelle? As-tu trouvé quelque chose?

- Dans les poches des jeans de Chantal?

- Non, dans ton vagin.

- Quoi?! De quoi tu parles?

- Est-ce que tu t’es endormie avant Chantal, hier soir?

- Oui, j’pense que oui. En tout cas, j’suis tombé sec un moment donné. J’étais un peu beurré… Pourquoi tu demandes ça? Qu’est-ce qu’il y a dans mon vagin?

- Check, juste pour voir.

- C’est ben fucker!

- Écoute, fais-moi confiance… J’avais une allumette dans l’urètre. Que je marmonne.

- Quoi? J’ai pas compris.

- J’avais une allumette dans boute! Que je crie presque.

Il y a un silence au bout de la ligne. J’entends Isabelle se déplacée dans son appartement. Elle fait des petits bruits, pas des gémissement, mais plutôt des petites complaintes. C’est assez long.

- Tabarnack! Qu’est-ce ça fait-là?!

- C’est quoi?

- J’pense que c’est un petit briquet BIC. J’arrive pas à le sortir. Là, tu vas m’expliquer ce qu’il se passe!

- Chantal le sait pour la fois qu’on a couché ensemble.

- Shit! Je l’ai!

- Tu l’as?

- Oui, c’est un mini BIC rose.

- C’est mon briquet. Il marches-tu encore?

- Pourquoi? Oui. Il marche.

- Parfait, j’m'en viens, j’ai pas encore fumé de la journée.

Perizz

Propos d’une spectatrice confondue… un dimanche très tard

Lundi 5 mars 2007

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Frigide

La traduction, métier que je pratique depuis dix ans m’a rendue frigide.

Désormais lorsque je lis un livre, ce n’est plus que pour trancher que telle traduction d’un best-seller à gogo est trop littéraire, tel ouvrage de poésie ne respecte pas les règles élémentaires de la typographie, ou tel auteur – franchement – utilise plein d’anglicismes. Dans le meilleur des cas, j’en conclus à un auteur qui sait bien écrire, sans plus.

Le désir d’empoigner brutalement les mots et de les façonner ne m’anime plus depuis longtemps.

Comme tout le monde, j’ai déjà voulu écrire. Jeune, je tenais scrupuleusement un journal, jusqu’à ce que je le brûle un jour d’un mouvement de désespoir adolescent. Au cégep, je commis quelques envolées littéraires qui me valurent les honneurs de mes profs. Mais lorsque je fis mon entrée à l’université en traduction, je déterminai rapidement qu’il était temps de passer aux choses sérieuses et de consacrer tout mon talent à redire ce que d’autres avaient si bien dit avant moi.

Autrefois groupie du moindre écrivaillon, j’en vins à nourrir secrètement une certaine jalousie pour ceux qui exerçaient ouvertement le métier d’auteur, de journaliste, de rédacteur ou de personne-qui-écrit-ce-qu’elle-pense-et-qui-est-originale-en-plus. Oh, cette jalousie était bien camouflée sous un esprit critique implacable, et que Saint-Jérôme patron des traducteurs me pardonne si jamais j’émis un reproche injustifié à l’égard d’un gratte-papier.

Lorsque récemment une amie m’invita à une soirée du cercle des Auteurs du dimanche, je répondis machinalement que j’y penserais, classant mentalement l’invitation dans la catégorie des « Ah, finalement, je n’ai pas pu y aller… ». J’appris par hasard qu’un ancien camarade du programme de traduction de l’Université de Montréal y lirait l’une de ses nouvelles. Raison de plus pour ne pas y aller. Comment un traducteur pouvait-il se permettre pareil égarement? Je ne voulais pas être témoin de ça!

Arriva la fin de semaine, puis le jour J, et je ne pouvais cesser de penser à cette soirée. Mes vieux rêves refaisaient surface… Je me voyais accueillie à bras ouverts par le cercle d’écrivains, tirant au puits de mon imaginaire des histoires qui sauraient galvaniser le public et m’attirer l’admiration de mes collègues traducteurs – enfin une qui a réussi! Les auteurs quant à eux apprendraient enfin de quoi il en retourne lorsqu’un traducteur se décide vraiment à écrire.

Je me décidai finalement à aller faire un tour à cette soirée, pour en avoir le cœur net. Soit j’en finirais pour de bon avec la littérature, soit… Soit, je ne sais pas. Je devais rejoindre mon amie à 20 h, mais elle ne vient jamais.

À mon arrivée sur place, je tombai face à face avec un humoriste bien connu. Et voilà maintenant que les humoristes se mettent à la plume, songeai-je, ne manquait plus que ça! Lorsque l’humoriste en question s’avança vers moi pour m’offrir une bière, j’eu un sursaut intérieur, mais je gardai ma contenance et je le remerciai en souriant poliment. Il marmonna quelque chose que je ne compris pas et s’éloigna aussitôt, sans doute aussi gêné que moi. Je fus touchée du geste et cela me mit dans de bonnes dispositions. Je resterais au moins le temps de boire un verre.

L’animateur monta sur scène peu après. J’avais l’impression de l’avoir déjà vu quelque part. C’était probablement parce qu’il ressemblait étrangement à Bruno Landry de RBO – en plus beau. Il présenta le premier écrivain. Je ne peux me rappeler de son nom ni de quoi parlait sa nouvelle, mais je me souviens très bien qu’il a fait une affreuse erreur de préposition. Voilà qui confirmait bien mes préjugés. Si ce n’eut été de la bière offerte par l’humoriste et du 8 $ payé à l’entrée, je serais peut-être partie sans demander mon reste. La deuxième nouvelle était drôle, mais l’auteur avait la manie de mettre partout des répliques en anglais, pour faire cool. Pathétique, me dis-je, bel avenir pour le Québec… Je me levai, prête à partir. Arriva un troisième auteur, plus littéraire celui-là, qui me fit me rasseoir sur ma chaise.

Lorsque l’humoriste m’offrit une deuxième bière, j’étais déjà clouée à mon siège et je n’avais plus aucune intention de partir. Je me saoulais mentalement des paroles de ces auteurs qui avaient le courage de monter sur scène lire le fruit de leurs entrailles. Amen! Je ne me voyais pas faire la chose – je trouvais cela quasi indécent – mais je goûtais pleinement l’excitation du plaisir de la création. Plaisir auquel j’avais renoncé, comme un moine copiste du 18e siècle.

Lorsqu’au moment de la lecture finale je reconnus le faux Bruno Landry comme étant une ancienne vedette pop dont j’étais vaguement amoureuse dans ma jeunesse, je fondis littéralement. Il m’enfonça en plein cœur sa plume. Un recueil de nouvelles de son cru se vendait au bar, et j’en arrachai littéralement une copie au barman pour courir chez moi assouvir ma faim.

Je lus la première nouvelle du premier au dernier mot, puis je me mis à lire boulimiquement à coup de deux ou trois lignes la prose futoro-scientifico-étrotique d’une précision chirurgicale. J’étais tellement affamée que je dévorai le livre entier en moins d’une heure.

Gavée, je m’effondrai dans mon lit. Je dormais presque déjà lorsque germa dans mon esprit une idée de nouvelle autobiographique. Chaque mot s’inscrivit noir sur blanc dans mon esprit. Mais j’étais trop fatiguée pour me relever et écrire et je me dis que le lendemain matin, j’aurais sûrement tout oublié. De toute façon, j’avais des traductions urgentes à livrer et je n’aurais certainement pas temps à perdre à écrire…

Monastère

Mardi 6 mars 2007

L’abbé Rousseau m’escorta en silence jusqu’à ma chambre. Après avoir rangé mes effets personnels, je m’allongeai sur le lit et fixai le ciel un long moment, par la petite fenêtre donnant sur la cour intérieure.

J’avais jugé bon de prendre une pause dans le chaos qu’était devenu ma vie. La mort de Lucie, troisième décès dans la famille en 18 mois, avait été de trop.
Rongé par les remords, j’entamais donc une retraite fermée d’une semaine au monastère de St-Luc.

Tag Martin Petit

Monastère chapitre deuxième

Mardi 6 mars 2007

À l’intérieur du poste de police de St-Luc, le chef enquêteur Ian Bond procédait comme à l’habitude à l’interrogatoire d’un membre des Hell’s Angels. Le tueur à gage était en larmes, suppliant d’obtenir un arrangement, mais l’inspecteur avait déjà obtenu ce qu’il voulait et il demanda à son subalterne de quitter la pièce.

Bond planta ses yeux verts dans ceux du butor. Ce dernier faisait un effort surhumain pour ne pas se mettre à grelotter. Ses nerfs lâchaient. Inspecteur Bond porta sa bouche à l’oreille de l’homme en sueur, murmura doucement, et inclina subtilement la tête pour recueillir une réponse.

De l’extérieur, on entendit tout au plus, le bruit sourd d’un corps qui s’affale et le grincement strident du métal d’une patte de chaise raclant le ciment. L’inspecteur sortit et agrippa son lieutenant - Appelle la morgue moi je vais vois le Doc Triton.

Je tag Martin Ouellet évidemment

Monastère, chapitre troisième

Mercredi 7 mars 2007

Le doc Triton s’apprêtait à remettre en place la calotte crânienne d’un accidenté de la route quand la voix énervée de son assistante personnelle, Esthelle, l’interpella par le biais de l’intercom.

” Docteur Triton est demandé à la réception, Docteur Triton! ”

Le doc détestait qu’on le dérange pendant qu’il travaillait, à plus forte raison lorsque l’opération qui l’occupait était aussi délicate que celle qu’il tentait de conclure avant que l’on brise sa concentration. Il posa brusquement ses outils, retira le chewing-gum qu’il mastiquait sans même retirer ses gants chirurgicaux et se servit de la boule de caoutchouc sucrée pour coller momentanément en place le sommet du crâne sur le reste de la tête de son patient.

Sans délicatesse aucune, il s’approcha de l’intercom et beugla, propulsant maints postillons visqueux :

” Combien de fois que j’t’ai dit, Esthelle, de me sacrer patience quand j’ai les deux mains dans la viande? T’as besoin d’avoir une maudite bonne raison de compromettre mon opération parce que sinon c’est sur toi que je pratique ma prochaine lobotomie, compris? ”

” Euh, doc, c’est l’Inspecteur Bond qui demande à vous voir. Il dit que c’est urgent… ”

” Correct, ma colombe, t’es toute pardonnée d’abord. Occupe le monsieur avec ta charmante personnalité pendant que j’mets ma job sur la glace. Dis-y qu’ça s’ra pas long. ”

Je passe la tag à Martin Dubé

Monastère chapitre quatrième

Mercredi 7 mars 2007

Esthelle tremblait. Elle n’aimait pas suivre les ordres du Doc. La dernière fois l’avait plongée dans une profonde dépression. Sous la pointe d’un vieux scalpel rouillé, il lui avait ordonné d’aller jouer au backgammon sur Décarie à l’heure de pointe. Résultat : 763 points de suture, que Doc s’était empressé de lui faire à l’aide d’une vieille broche à tricoter, la même utilisée à son dernier avortement.

La frousse d’Esthelle était palpable. D’ailleurs, elle jonglait avec elle derrière son bureau. Dans un fracas digne d’un concert de Skid Row, l’Inspecteur Bond fit irruption dans le hall d’entrée de la clinique. Il était fâché. Très fâché. Tellement fâché que les joues de l’Inspecteur craquèrent en deux sous le poids de sa mâchoire encore plus fâchée que le reste. Affalé dans un faux cactus,coincé entre deux piles de la revue Coup de pouce, l’Inspecteur s’épongeait la yeule, hurlant qu’il voulait parler au Doc Triton.

- Euh, ben, c’est qu’il est occupé, pourrais-je vous demander de…

-Silence, jeune réceptionniste qui n’a qu’un D.E.S.!  Où est le Doc? C’est important.

Esthelle se mordit les lèvres. Les coudes. Puis les lobes.  L’Inspecteur Bond remarqua la grande agilité faciale de la demoiselle. Malhabile, il s’excusa et poussa la porte qui menait à l’antre du Doc Triton.

Je tag Isabelle Ménard.